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Les chaufferies de puissance étant des Etablissements Classés, la règlementation limite leurs émissions. Ci-après les normes et des approches chiffrées pour les 4 principaux polluants des fumées de combustion des granulés de bois. Sont publiés les chiffres conformes aux normes, et une approche des chiffres réels, sous réserve de publications rigoureuses (CITEPA, INERIS, ANSES). Outre quelques remarques complémentaires.

Les PM sont classées selon leur taille. Les PM 10 ont une taille inférieur ou égale à 10 micromètres (μm), les PM 2.5 <= à 2,5 μm etc.

Les chaudières de puissance 20 à 50 MW actuelles émettent 13 g/Gj ou 46,8 mg/kWh de TSP (inventaire des installations en place 2024, INERIS). Sur cette base, le chiffre serait d'env. 40 kg/jour.

La nouvelle norme - directive MCP/IED 2.0 entrée en vigueur le 04/08/2024 - fixe le plafond réglementaire à 20 mg/kWh (Valeur Limite d'Emission), deux fois moins que la moyenne des chaufferies en service.

Les émissions TSP de la chaufferie municipale seront donc plafonnées à 17 kg/jour, principalement des PM dans les séries inférieures PM 2.5, PM 1 et PM 0.1. 

Les particules PM 1 et PM 0.1, de très petite taille, sont les plus dangereuses. Elles ne sont pas filtrables, quels que soient la chaudière et le système de filtrage. Elles passent la barrière des alvéoles pulmonaires et s'infiltrent dans la circulation sanguine. Elles provoquent des maladies cardio-vasculaires, respiratoires et neurologiques. Leur action péjorative sur le développement du fœtus est avérée. Elles sont à l'origine de 49 000 décès par an, 7 % de la mortalité totale en France (ANSES).

Le monoxyde de carbone CO est un gaz asphyxiant, responsable de nombreuses intoxications et d'une centaines de décès chaque année. 

La VLE est fixée par la réglementation à  200 mg/kWh PCI,  ici 168 kg par jour.

Les constructeurs publient que les centrales neuves peuvent techniquement descendre à des niveaux trois fois moindre, ici de l'ordre de 120 kg/jour. On retient cette valeur, sous réserve des mesures à venir. 

Les NOx : l'air est composé d'azote à ± 78%. Les granulés en contiennent aussi <= 1%. A température élevée, les molécules d'azote réagissent avec l'oxygène et forment des monoxydes et dioxydes d’azote NO et NO2. Ce sont des particules extrêmement toxiques, en particulier NO2, 40 fois plus mortel encore que l'oxyde de carbone CO. Les émissions de NOx augmentent avec la température de combustion. Elles sont plafonnées à une VLE de 150 ppm, soit env. 0,189 g/kWh. 

Les émissions de NOx de la centrale municipale à pleine charge seront donc de l'ordre de 100 à 120 kg par jour. Sous réserve d'un niveau maximum de 0.3% d'azote dans les granulés, soit le tiers de la norme. A noter que l'exploitant n'a pas de contrôle sur l'origine et la composition des pellets qui lui sont livrés.  Sous réserve aussi d'injection d'un catalyseur  - urée - dans les fumées, comme l'Adblue dans les fumée des camions. Le vrai chiffre pourrait malheureusement être triple en fonctionnement réel.

Le soufre, présent en petite quantité dans les granulés, réagit avec l'oxygène pour former du dioxyde de soufre SO2. L'oxydation du dioxyde de soufre en présence de dioxyde d'azote, produit du trioxyde de soufre SO3 et de l'acide sulfurique H2SO4. La norme pour le SO2 est de 150 mg/Nm³, donc un plafond d'émission de  235 kg/jour.

Selon la filière, les émissions des centrales neuves brûlant du bois très faiblement soufré, seraient inférieures, ici de 15 à 45 kg de SO₂ par jour. Toujours sous réserve de la composition des pellets utilisés, du niveau de filtration de la chaudière etc.

Or il est reconnu par les vendeurs eux-mêmes que circulent en Europe des granulés à bas prix, importés en vrac du bout du monde par les Pays Bas, de qualité douteuse, étiquetés sous des labels frauduleux. Et que le client n'a guère de contrôle sur l'origine des pellets qu'on lui livre. 

Le déclassement

L'efficacité d'une chaufferie biomasse diminue avec l'altitude à cause de la raréfaction de l'oxygène, qui nuit à la qualité de la combustion et augmente les imbrûlés, donc les emissions de polluants. On appelle ce phénomène le déclassement.

À 2 100 mètres d'altitude, la pression atmosphérique chute à environ 780 hPa (contre 1013 hPa au niveau de la mer). L'air y est environ 22 % moins dense, donc l'air aspiré contient 22 % d'oxygène en moins.
Cette raréfaction a les conséquences suivantes sur la future centrale biomasse :

La perte de puissance et de rendement thermique :  La puissance effective sera de 28 à 30 MW pour une puissance nominale de 35 MW, soit un déclassement de 15 à 20 %. Qui implique l'augmentation de la consommation et des émissions à production équivalente.
L'augmentation des imbrûlés et de la pollution
Le manque d'oxygène perturbe l'oxydation complète du bois, qui met plus de temps à brûler complètement, ce qui abaisse la température interne du foyer. 
Si le fournisseur est compétent, il devra appliquer différentes techniques pour pallier ce déclassement :

surdimensionnement du foyer et des ventilateurs : pour apporter la masse d'oxygène nécessaire à la combustion complète, le volume du foyer et la puissance des ventilations doivent être augmentés, pour pulser un volume d'air supérieur d'env. 25 %. Cela augmente la consommation d'électricité interne de la centrale et le bruit de soufflerie ;
augmentation de la filtration : brûler du bois avec un excès d'air génère une quantité supérieure de gaz d'échappement. Les filtres doivent donc être surdimensionnés et entretenus avec soin pour traiter ce flux gazeux accéléré sans saturer.
En résumé
Inutile de détailler plus avant. Tignes nous propose une "usine à gaz" démesurée, difficilement gérable, certainement dispendieuse dans le temps, qui augmentera les émissions de la station. L'objectif d'une Municipalité n'est pas d'utiliser à tout prix les subventions distribuées par l'ADEME en dépit du bon sens, et de profiter de la fiscalité actuelle totalement déformée - les taxes sur le pellet sont 10 fois moindres que celles sur l'électricité. Et surtout pas au prix de la santé publique et du réchauffement climatique.
D'autant que cette fiscalité et ces subventions sont tout sauf durables. On arrive au terme d'un cycle où la pérénité de l'ADEME elle-même est loin d'être assurée. Sic transit...
Un peu de rationalité écologique

Nous sommes habitués à voir les écolos politiques qui nous gouvernent depuis le début de ce siècle -  précisement depuis 1997 et le trio infernal L. Jospin, D. Voynet et C. Lepage - faire grief aux énergie fossiles - charbon, pétrole et gaz - d'empoisonner la Terre. Ce qui est au demeurant exact.

Ce sont les mêmes qui ont ruiné notre production électrique décarbonée et ruinent la forêt, la biodiversité et la santé publique. 

H. Proglio déclarait devant la Commission de l'Assemblée Nationale le 13 déc. 2022 : 

"Au début du XXIe siècle, la France est exportateur d’énergie, avec l'électricité la moins chère d’Europe, un contrat de service public qui fait référence dans le monde, et donne à la France un atout formidable en matière de gaz à effet de serre. 

Il n’y avait plus qu’à tout détruire… C’est chose faite ».

On peut rajouter : "Au début du XXIe siècle, la France possède une des plus belles forêts d'Europe, un atout formidable en matière de biodiversité et de décarbonation, remarquablement gérée par les propriétaires privés et l'Office National des Forêts. 

Il n’y avait plus qu’à tout détruire… C’est chose faite ».



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